Poney E – Club E, un changement qui fait parler

Sylvia Flahaut 20 septembre 2023

Il y a quelques jours, la Fédération française d’équitation (FFE) a communiqué sur la mise en place des épreuves Club E, au détriment des Poney E, ouvertes aux poneys hors cote et à tous les cavaliers. L’initiative, qui modifie des points de réglementation, inquiète certains cavaliers, enseignants et éleveurs. Une pétition pour rétablir l’ancien système a ainsi dépassé les 5 000 signatures. 

Décontenancée face à la récente décision de la FFE, Océane Lesgourgues a décidé de fédérer les contestataires et de mettre en ligne cette pétition le 3 septembre dernier. Auto-entrepreneuse, elle enseigne et valorise à son compte chez les particuliers et professionnels dans le secteur des Landes et Pyrénées-Atlantiques, et a un petit élevage de poneys Français de selle (élevage d’Otop). “Suite à la décision de faire disparaître les épreuves Poneys E au profit des épreuves Club E, beaucoup de personnes m’ont contactée, étant inquiètes des conséquences que cela engendrerait. Et, en effet, quand on fait le bilan de ce qu’on perd et de ce qu’on gagne, on n’a pas envie de baisser les bras si facilement.

Océane Lesgourgues, formatrice de poneys, regrette la disparition des épreuves Poney, uniquement ouvertes aux équidés présentant des origines poney. Ph. Coll.

Recontextualisons : les épreuves Poneys E, qui se tenaient dans le cadre de compétitions labellisées “Poney”, étaient ouvertes aux poneys hors cote – donc de plus de 1,48 mètre et jusqu’à 1,59 mètre – et à tous les cavaliers, y compris de plus de dix-huit ans, a contrario des épreuves Poney classiques, fermées aux adultes. “Les épreuves Poney E permettaient ainsi à des adultes de valoriser de jeunes poneys ou à des cavaliers de poneys hors cote de les monter sur de belles épreuves (avec des hauteurs allant jusqu’à 1,20 mètre, ndlr), et d’aller jusqu’au championnat des Poneys E, qui se tenait dans le cadre du Sologn’Pony”, précise Océane. Ces épreuves Poney E comportaient des distances Poney et permettaient à ces derniers de faire évoluer leur indice. Seul bémol pour Océane, ces épreuves démarraient à 90 centimètres, “une hauteur un peu trop conséquente pour former de tout jeunes poneys”. 

Des distances à venir qui inquiètent

Désormais, ce sont donc les épreuves Club E qui remplacent les épreuves Poney E. Pour Océane, cela est notamment dû au manque de visibilité de ces dernières, malheureusement pas toujours mises dans les programmes de certains organisateurs. “Ces nouvelles épreuves, tout d’abord, peuvent se tenir dans le cadre d’un programme Club”, indique l’enseignante. “On n’est plus du tout sur la même catégorie. La première problématique que cela pose est celle des distances. Est-ce qu’un organisateur d’épreuves Club va venir changer les distances de son parcours pour l’adapter aux poneys ? Nous sommes convaincus que non, d’autant plus que ces épreuves Club E ne seront plus seulement ouvertes aux poneys présentant des papiers spécifiquement Poney, mais également aux ONC, aux OC, mais aussi aux chevaux de moins de 1,59 mètre. Un petit Selle Français aura ainsi le droit de prendre part à ces épreuves… Entre un poney, au sens originel du terme, de 1,49 mètre et un cheval de 1,59 mètre, les distances ne peuvent être calculées de la même manière !

Entre un poney, au sens originel du terme, de 1,49 mètre et un cheval de 1,59 mètre, les distances ne peuvent être calculées de la même manière !

Océane Lesgourgues

Si la problématiques des distances inquiète les cavaliers Poney, celle des indices également. “Dans les épreuves Club, il n’y a pas d’évolution d’indice possible, ces compétitions ne sont pas prises en compte. Pour un éleveur, c’est quand même dommage de voir son poney formé sans que ses performances ne soient retranscrites via son indice.” Océane a ainsi sollicité la Fédération sur cette question. Enfin, autre point de détail et non des moindres : les cavaliers professionnels n’auront pas le droit de participer à ces épreuves. “Cela pose quand même un vrai problème au niveau de la valorisation des poneys et du commerce”, poursuit l’enseignante. “Ces épreuves seront ainsi ouvertes aux cavaliers Club, Amateur, enseignants, mais pas à ceux détenant une licence Pro. Et si les enseignants auront le droit de participer aux compétitions, ils ne pourront accéder à la finale bellifontaine. Donc on forme les poneys toute l’année mais on ne participe pas au championnat…” 

La valorisation des indices sur les nouvelles épreuves Club E pose question. Ph. Coll. SHF.

Dans le petit monde du poney, cette nouvelle a fait grand bruit. Tant et si bien que la pétition d’Océane a déjà récolté quelque 5 000 signatures. “Les acteurs du monde poney me parlent beaucoup de cette réforme, à propos de laquelle on demande des comptes à la Fédération”, termine Océane. “Ce que nous attendons, c’est que l’on revienne à l’ancien système, avec des cotes de démarrage plus basses que 90 centimètres, et des épreuves de hunter, très demandées par les formateurs de jeunes poneys et qui n’existent pas encore pour les poneys hors cote.

“Pas de Prépas à la place des épreuves Poney E”

Emmanuelle Carpentier, formatrice de jeunes poneys installée dans le département du Nord, est un peu plus mesurée sur l’initiative de la Fédération, mais admet que certains ajustements sont encore nécessaires. “Dans le cadre de mon activité, il y a véritablement deux éléments qui posent problème. Le premier est le fait que certains organisateurs, au lieu de mettre des Club E à la place des épreuves Poney E, programment des Préparatoires”, explique la cavalière. “Pour moi, courir une épreuve préparatoire, ce n’est pas me mettre en condition pour bien former un 5 ans, par exemple. Je dois aller chercher du rythme et le galop dont le futur cavalier du poney aura besoin pour sauter. Une prépa, ça ne permet pas de se mettre véritablement dans le rythme du concours. Il ne faut pas que les organisateurs remplacent les épreuves Poney E par des Prépas, ça ne correspond pas à ce que l’on attend en tant que formateurs. On attend des épreuves à courir. Des épreuves Préparatoires, malgré leur nom, ne préparent pas une finale de 6 ans.” Ainsi, Emmanuelle, pour former ses poneys, n’est pas contre le fait de participer à  des épreuves Club E. Autre condition : qu’elles figurent au programme des Tournées des As et soient insérées de façon pertinente dans le programme des organisateurs. “Si on a des épreuves Poney le matin et les épreuves Club l’après-midi, il va y avoir des soucis de planning : les coachs qui ont une cavalerie majoritairement poney, dont des poneys hors cote ou des adultes montant à poney – et il y en a -, vont devoir passer la journée au concours, pour faire les épreuves Poney classiques et puis la Club E de l’après-midi ou du soir. Cela paraît compliqué.” 

Formatrice de poneys, Emmanuelle Carpentier espère que les organisateurs de concours ne vont pas remplacer les épreuves Poney E par des Préparatoires, qui ne permettent pas, selon elle, de mettre les jeunes dans des conditions concours. Ph. Coll. Ecary.

Emmanuelle voit cependant d’un bon œil l’opportunité pour les éleveurs qui ont des poneys hors cote ou de petits chevaux de leur faire trouver leurs épreuves, et ainsi leurs cavaliers. “Cela ouvre un marché supplémentaire pour les poneys dépassant 1,49 mètre et les petits chevaux, il faut l’admettre. Le poney qui mesure 1,53 mètre va trouver sa catégorie, de même que les cavaliers amateurs qui souhaitent rester à poney. Il faut encore quelques ajustements à cette réforme, mais tout n’est pas à jeter à la poubelle. Il faut aussi se dire que sur l’année, il y a très peu de poneys qui sortent en épreuves Poney E. C’est sans doute pour cela que la Fédération a souhaité trouver un format regroupant plus de monde et répondant à d’autres demandes.

Des organisateurs qui semblent jouer le jeu

L’organisation et les plannings des compétitions Poney à venir, c’est également ce qui inquiète Sophie Macret, gérante des écuries de la Motte, à Conteville-lès-Boulogne (62). Elle compte parmi ses clients de nombreux cavaliers Poney, de moins de dix-huit ans bien sûr, mais également des adultes. “Nous avons des licenciés de plus de dix-huit ans, de petit gabarit, qui ne souhaitent pas passer à cheval”, explique Sophie Macret. “Cette clientèle particulière a investi dans des poneys hors taille, et les épreuves Poney E étaient parfaitement adaptées, surtout que je ne me rends pas en concours Club : les enfants qui passent à cheval, et qui tournaient en Poney Elite ou en As Poney 2, passent directement en catégories Amateur. Mes créneaux de compétition sont donc exclusivement Poney et Amateur. Alors, lorsque j’ai appris la suppression des épreuves Poney E au profit des Club E, j’ai eu peur de ne plus voir ces épreuves apparaître dans les programmes Poney et qu’une partie de ma clientèle soit privée d’épreuves lorsque nous partons tous en compétition.” 

Alors, lorsque j’ai appris la suppression des épreuves Poney E au profit des Club E, j’ai eu peur de ne plus voir ces épreuves apparaître dans les programmes Poney

Sophie Macret

Sophie Macret s’est alors rapprochée de certains organisateurs, et notamment de la famille Boutroy, qui organise ce week-end un concours aux écuries de Peuplingues (62). “J’ai échangé sur le sujet avec Antoine Boutroy, organisateur, ainsi qu’avec le président de jury, Guillaume Ozog, et des épreuves Club E ont ainsi été accolées aux épreuves Poney, dans la continuité.” Si Sophie Macret est quelque peu rassurée de voir ces épreuves insérées dans les programmes de compétition Poney, certaines questions restent en suspens, notamment sur les championnats. “Le championnat des épreuves Club E se déroulera-t-il lors des championnats de France Club ou Poney ? A priori Club, étant donné l’appellation. Mais cela pourrait également poser problème, du moins en ce qui me concerne. Et que deviennent les épreuves E du Sologn’Pony ? Aujourd’hui, on ne sait pas encore trop vers quelles épreuves ou quel circuit accompagner certains de nos licenciés, on aimerait avoir encore quelques éclairages sur cette réforme. Autre interrogation : les épreuves Club E vont-elles générer des points aux cavaliers ? Les épreuves Poneys E3 rapportaient des points pour ceux tournant en Poney 1, les E2 à ceux tournant en Poney Elite. Tous ces éléments doivent encore être éclaircis…” 

“Donner un créneau de compétition aux nombreux petits chevaux”

Du côté de la Fédération française d’équitation, on indique que la suppression des épreuves Poney E au profit des épreuves Club E a été réalisée à la demande de nombreux dirigeants de centres équestres, dotés d’une cavalerie comprenant beaucoup de poneys hors taille ou de petits chevaux. “Il ne faut pas oublier pourquoi avaient été mises en place les épreuves Poney E il y a quelques années”, pointe Sophie Dubourg, directrice technique nationale. “Nous souhaitions à l’époque permettre à de jeunes gens montant des poneys trop grands d’accéder à la compétition. Car, pour quelques centimètres de trop, ils sortaient des circuits. Nous avons donc créé ce type d’épreuves pour inclure ces couples.” 

Face aux reproches qui sont formulés suite à la suppression des épreuves Poney E, Sophie Dubourg indique que les raisons de leur mise en place n’ont pas été respectées. Et que la FFE, avec la création des Club E, a écouté les sollicitations des dirigeants de centres équestres. Ph. Eric Knoll.

Au mois d’avril, les dirigeants fédéraux ont consulté les chiffres de participation à ces épreuves, et observé les profils des participants. Il s’est avéré que la très grande majorité des couples était composée d’adultes montant des poneys D. “Finalement, nous nous sommes aperçus que les raisons qui nous avaient poussés à créer ces épreuves étaient respectées par une infime proportion de cavaliers, et pas du tout par la majorité. Leur vocation initiale a en réalité été détournée… Sur environ 2 200 participants, nous avons recensé 131 poneys E – pour qui avaient été pensées ces épreuves – et donc plus de 1 900 poneys D, montés en grande majorité par des adultes, sans doute pour les former ou faire évoluer leur indice. À partir de ce constat, et à la demande des dirigeants de centres équestres de mettre en place des créneaux de compétition pour les petits chevaux, nous avons eu la réflexion que l’épreuve Poney E n’avait plus de raison d’exister en tant que telle, et qu’il fallait repenser ce type d’épreuve avec davantage d’inclusion.

Nous nous sommes aperçus que les raisons qui nous avaient poussés à créer ces épreuves étaient respectées par une infime proportion de cavaliers, et pas du tout par la majorité.

Sophie Dubourg

Sophie Dubourg pointe le fait que les centres équestres de l’Hexagone compte, parmi leur cavalerie, beaucoup d’équidés mesurant entre 1,49 et 1,60 mètre au garrot, qui ne trouvent pas vraiment leurs créneaux de compétition. “C’est aujourd’hui le cheval de club classique, polyvalent, que l’on trouve dans de très nombreux établissements. Et auquel nous devons faire correspondre un format d’épreuve.” D’où l’ouverture de ces épreuves Club E qui, Sophie Dubourg le certifie, correspondront aux normes techniques du Poney D, notamment au sujet des distances. 

Sur la question des indices, la directrice technique national indique que la Fédération est en discussion avec les services du SIRE, afin que les épreuves Club E puissent être prises en compte dans le calcul de ceux-ci. Quant au cadre des finales nationales de ces épreuves Club E, Sophie Dubourg précise que la Fédération est encore en réflexion à ce sujet. “Est-ce que cela aura lieu dans le cadre de l’Open de France Club ou Poney ? Est-ce que ce sera lors du Sologn’Pony ? nous ne le savons pas encore. Il faut prendre en compte le volume d’engagés que cela peut représenter, sachant que nous sommes déjà sur des rendez-vous qui accueillent beaucoup de monde.” Enfin, sur la question des plannings, Sophie Dubourg observe que les organisateurs de Tournées des As intègrent notamment ces épreuves à leur programme. “Nous sommes à l’écoute des remontées”, affirme enfin Sophie Dubourg. “Mais cette décision n’a pas été prise à la légère, et concrétisée suite à de nombreuses sollicitations et à nos observations sur l’usage qui était fait de ces épreuves.

Crédit photo à la une: PSV