Les MCI, l’Ibérique moderne dans une ambiance traditionnelle

23 janvier 2024

Du 24 au 29 octobre derniers, s’est tenu le plus grand rassemblement mondial de chevaux ibériques en compétition : les Masters du cheval ibérique (MCI). Philipp Roch, président de l’association MCI, Christel Delaigle, capitaine de l’équipe de France, Michaël Renard, juge international, et Charlotte Daval, championne d’Europe en titre dans la catégorie Grand Prix Freestyle des MCI, décrivent avec engouement “l’esprit masters”, unique en son genre.

Tout a commencé dans le sud de la France, où Philippe Roch et ses amis faisaient du dressage avec des chevaux ibériques, sans que cela ne soit vraiment pris au sérieux. « Tout le monde nous disait que ce n’était pas de l’équitation. On leur a dit “Allez, chiche, on prend vos reprises et vos juges, on garde nos chevaux et nos tenues”, et c’est parti comme ça », se souvient celui qui, par la suite, est devenu président de l’association MCI. Depuis 1997, les MCI n’ont cessé de se développer. D’abord en France, avec l’apparition de cinq circuits régionaux quadrillant tout l’Hexagone, puis en Europe, avec la création d’une finale européenne en 2008, dont les lieux de rendez-vous changent désormais chaque année. « À l’époque, il y avait une quinzaine de cavaliers et de chevaux. Maintenant, nous sommes plus de 2 000 cavaliers et plus de 3 000 chevaux en Europe », ajoute Philippe Roch, qui était loin d’imaginer que les MCI prendraient une telle ampleur.

Des reprises jugées comme les autres, à un costume près

Qu’elles soient couplées avec des concours FFE ou organisées indépendamment, les épreuves des MCI sont dans tous les cas exclusivement réservées aux chevaux Pure race espagnole (PRE) et Lusitaniens (PSL). Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, ces épreuves sont jugées selon les mêmes critères que celles des circuits classiques, comme l’explique Michaël Renard, juge sur les MCI depuis plus de vingt ans : « D’un point de vue de juge, c’est très intéressant. On analyse ces épreuves de la même manière que les autres. Il y a des chevaux qui pourraient très bien tourner dans le circuit classique et même y être performants. ». D’ailleurs, comme l’avait souhaité Philipp Roch au tout début, on y retrouve exactement les mêmes reprises ainsi que les mêmes mouvements que dans les épreuves classiques, mais avec des appellations différentes tels que Primera, Novilla, Malaga, Golega, Sevilla, Evora, Lisoba, Madrid, Magistrale et Reyale pour les reprises imposées et Carmencita, Flamenca, Fandango, Lusitania et Iberica pour les Reprises libres en musique. Certains mouvements peuvent cependant être facultatifs et surtout, les cavaliers ont la possibilité de porter des costumes traditionnels qui peuvent leur rapporter des points. 

Les MCI, circuit ouvert à tous et formateur de talents 

Une autre particularité de ces épreuves ibériques est le fait que tous les cavaliers soient mélangés : sur les carrés de dressage, dans n’importe quelle épreuve, cavaliers amateurs et professionnels s’affrontent sur les mêmes reprises. Lors de la finale européenne de l’an dernier, sur les quarante-cinq couples sélectionnés pour représenter la France, « environ 35% des cavaliers étaient professionnels, éleveurs ou entraîneurs, et tous les autres étaient des amateurs », déclare Christel Delaigle, capitaine de l’équipe de France. Notons également que les MCI sont les seuls à faire un championnat d’Europe aux niveaux Amateur 3 et Amateur 2. Ainsi, si l’on peut parfois croire qu’amateurs et professionnels restent entre eux, c’est pourtant bien l’inverse dans les MCI. Le partage et l’entraide y sont d’ailleurs les deux maîtres mots. « Le cavalier professionnel va être tout aussi aidant avec un cavalier amateur, quel que soit son âge ou son niveau. Il n’y a pas de frontière entre les amateurs et les pro, tout le monde peut faire les mêmes reprises », explique Christel Delaigle. « Tous échangent et se soutiennent mutuellement, créant un effet d’émulation donnant envie aux gens de revenir l’année suivante. »

Par ailleurs, de nombreux cavaliers de dressage aujourd’hui connus sur le circuit classique ont commencé par répéter leurs gammes dans les MCI. C’est notamment le cas d’Arnaud Serre ou encore d’Alexandre Ayache, membres de l’équipe de France de dressage. « Beaucoup de cavaliers issus des Masters rejoignent le circuit classique et inversement. Il y a un pont dans les deux sens », souligne Philippe Roch. À ce propos, Michaël Renard, juge international de dressage ajoute que « Justin Verboomen, un cavalier belge de jeunes chevaux assez connu, sort aussi bien des chevaux sur le circuit classique que des ibériques sur le circuit Masters ».

Les ibériques, des chevaux sur lesquels on peut compter

Mais la plus grande particularité des MCI reste évidemment les chevaux qui y participent. « Ce sont des chevaux très attachants, avec lesquels se crée une vraie complicité et de belles relations cheval-cavalier », affirme Philippe Roch. Longtemps associés au style baroque et au spectacle, les ibériques sont pourtant des chevaux polyvalents. « J’ai découvert ces chevaux il y a plus de vingt-cinq ans, quand je suis arrivée dans le sud de la France, et je crois qu’une fois qu’on a testé, c’est difficile de revenir en arrière. Ils sont à la fois respectueux, sensibles et à l’écoute de leur cavalier, quelle que soit la discipline que l’on pratique », indique pour sa part Christel Delaigle. L’une des mieux placées pour en parler est également Charlotte Daval, championne d’Europe dans la catégorie Freestyle (équivalente au niveau Pro Élite). « Si vous les considérez à leur juste valeur, les Ibériques vous donneront absolument tout », affirme-t-elle. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle décrit son étalon Impar II SS, avec lequel elle a décroché son titre européen. « On se connaît par cœur lui et moi. C’est un cheval très calme. Il pourrait y avoir une bombe atomique, il ne bougerait pas d’un centimètre. On peut vraiment compter sur lui. » 

De nos jours, il n’est pas rare de voir des chevaux ibériques s’illustrer à haut niveau en compétitions. « Avant 1997, il y avait très peu de chevaux ibériques en dressage classique, alors qu’aujourd’hui dans le sud de la France, entre 20 et 25% des chevaux sont ibériques et issus du circuit Masters », se réjouit Philippe Roch. Ce dernier fait d’ailleurs remarquer qu’« en dressage classique, on a plus de chances d’être classé lorsque l’on monte un cheval ibérique. Ils peuvent être plus doués dans les petites reprises que de gros chevaux parfois plus durs à piloter ». 

Les MCI ont par ailleurs boosté l’élevage de chevaux lusitaniens et espagnols en France, et sont devenus la vitrine des éleveurs. « Il y a encore vingt-cinq ou trente ans, les chevaux ibériques étaient surtout élevés dans le sud de la France, tandis qu’aujourd’hui, on trouve de super élevages un peu partout. Les éleveurs ont fait un énorme travail sur la sélection pour faire des chevaux de sport », explique Christel Delaigle. 

2023, une année record

En 2023, la finale européenne s’est déroulée au Parc équestre francilien du Pin et a battu un record de participation. Elle s’est déroulée sur quatre jours, avec près de dix nations représentées, cent-quarante-cinq chevaux finalistes issus des différents circuits européens, un total de deux-cent-quatre-vingt-quinze reprises déroulées dont cent-vingt en musique, jugées par dix juges nationaux et internationaux et suivies par trois stewards. Des chiffres qui, comme Michaël Renard, témoignent de l’envergure du circuit. « C’est fou d’être parti de circuits régionaux et d’aujourd’hui parvenir à organiser des finales européennes avec autant de partants », pointe le juge. « En tant que juge depuis plus de vingt ans, on voit que les gens ont vraiment pris le circuit au sérieux, qu’ils ont travaillé et qu’à présent, il y a un très bon niveau. »

À domicile l’an passé, la France a pu compter sur des cavaliers efficaces puisqu’elle est parvenue à monter sur la deuxième marche du podium par équipe, frôlant de très près la victoire remportée par les Pays-Bas. « Ça s’est joué à quelques points, donc nous avons une grosse revanche à prendre en 2024 », déclare Christel Delaigle, capitaine de l’équipe de France. « Dans chaque catégorie, il y a eu de très bonnes reprises, avec de très bons chevaux et cavaliers », ajoute-elle. Preuve en est, la France a su gravir les marches de nombreux podiums en individuel, et même ramener deux médailles d’or. C’est notamment le cas de Charlotte Daval, gagnante de la très prisée épreuve Freestyle. « Ces championnats représentaient un objectif que mes propriétaires et moi nous étions fixé, ainsi que de la nouveauté car mon cheval et moi n’avions fait que quatre Grands Prix avant d’aller aux Europes. J’ai été très agréablement surprise et ai ressenti beaucoup de fierté pour l’éleveur, le propriétaire et mon cheval », confie-t-elle. « Pour moi, c’est clair, si j’ai les chevaux, j’y retourne l’année prochaine ! » La France peut donc compter sur des cavaliers motivés… et une relève assurée ! Car Sophie Beghin, la seconde française ayant décroché une médaille d’or à cette finale européenne, cette fois-ci sur le niveau D, n’a que treize ans ! Et selon les dires de la capitaine de l’équipe de France, il est fort probable qu’elle refasse parler d’elle dans les années à venir… 

Un concours pas comme les autres, “l’esprit Masters”

Tous les participants s’accordent à le dire : ce qui rend les Masters si appréciés, c’est l’ambiance inégalable que l’on y trouve, aussi appelée “l’esprit Masters”. « Il y a une excellente ambiance, c’est très agréable. Les MCI se démarquent vraiment des autres compétitions grâce à ça », soutient Michaël Renard, loin de n’avoir jugé que ce type de concours. Aux Masters, tout le monde est fédéré autour du dressage, mais également autour des chevaux ibériques. « Il y a une super bonne ambiance, on se régale. La mentalité est incroyable, l’ambiance est détendue, tout le monde s’aide, même entre les différentes nations », complète Charlotte Daval. Convivialité, entraide, partage : pas de quoi s’ennuyer pendant ces épreuves de dressage également placées sous le signe de la tradition. Car certains cavaliers y portent les costumes traditionnels espagnols et portugais. Certains, comme Charlotte Daval, regrettent d’ailleurs de ne pas en avoir porté lors de la finale. « Je n’étais pas en tenue traditionnelle, mais c’est avec regret. Je trouve cela très élégant, ça rappelle les traditions. Peut-être que l’année prochaine j’investirai » dit-elle, amusée. 

Cette ambiance traditionnelle, c’est ainsi ce qui fait le charme de Masters. Mais elle ne pourrait pas se perpétuer sans l’aide des bénévoles impliqués tout au long du circuit. « On veut que les gens, même s’ils n’ont pas eu les résultats qu’ils espéraient, repartent de la finale en ayant le sourire et en se disant qu’ils ont passé une super semaine », explique Christel Delaigle, membre du bureau depuis les débuts de l’association. On dénombre entre trois-cent-cinquante et cinq cents personnes présentes à chaque soirée de la finale européenne. Et encore plus le vendredi soir, à l’occasion de “la soirée des cavaliers”, où chaque nation ramène ses spécialités locales afin que tout le monde se retrouve autour du “repas des pays”. « On compte parfois entre huit cents voire mille personnes. C’est gratuit pour tout le monde », précise Philippe Roch. Ces soirées festives au rythme du flamenco et au goût de paëlla donnent à la compétition une tonalité très familiale. « C’est un chouette circuit, organisé par des bénévoles qui le font très bien », affirme Charlotte Daval, qui signe déjà pour renouveler l’aventure en 2024.

Cap sur 2024

En 2024, c’est aux Pays-Bas que se tiendra la finale européenne. Christel Delaigle, la cheffe d’équipe, a déjà hâte de s’y rendre en octobre prochain « Nous n’y sommes jamais allés. Le lieu à l’air magnifique. C’est ça aussi les Masters, ça nous permet de voyager et de rencontrer de nouvelles personnes. » D’après elle, les concurrents à redouter sont « les Anglais, les Néerlandais, les Allemands qui ont de super chevaux, les Belges aussi, et les Italiens qui peuvent revenir très forts ». Philippe Roch ajoute également que la Suisse leur a fait part de leur volonté de créer une association afin de participer aux MCI. Quoiqu’il en soit, la capitaine de l’équipe de France est confiante. « Tous les jeunes chevaux de la finale de 2023 ont la capacité d’arriver en Grand Prix, que ce soit dans le mental, la force ou la locomotion. Ils ont le potentiel. » Si l’association française des MCI connaît ainsi, depuis plusieurs années, un succès grandissant, un tel rendez-vous n’est pas une mince affaire pour elle. Ses membres sont ainsi à la recherche de partenaires pour les soutenir dans cette nouvelle aventure. À bon entendeur…

Crédit photo à la une: Coll.