L’élevage du Gevaudan, trente ans de convictions et de réussites
Il y a quelques jours, en étant sacré vice-champion du monde des jeunes chevaux de 6 ans au Mondial du Lion, Hermès du Gévaudan a mis en lumière l’élevage de Sylvie Bonnan. Fondé il y a près de trente, l’élevage du Gévaudan a vu naître nombre de très bons chevaux, mais aussi de poneys, grâce à la passion, aux convictions et au savoir-faire de cette femme qui sait ce qu’elle veut et ne mâche pas ses mots. Rencontre.
Lozère, 1992. Tout juste installée en plein Gévaudan après avoir obtenu son diplôme de vétérinaire, Sylvie Bonnan se voit confier une certaine Rubis, la jument de l’un de ses clients. Certes, elle est cavalière. Mais que va-t-elle bien pouvoir faire avec cette belle Anglo-arabe ? La réponse lui est venue presque comme une évidence : fonder son propre élevage. Un an plus tard, Sylvie Bonnan accueille son premier poulain, Fredaine Gévaudan (Troupier), et l’aventure commence.
Une, puis deux, puis dix poulinières
Prise de passion, Sylvie Bonnan a, quelque temps plus tard, fait l’acquisition de deux nouvelles poulinières : Vici du Gué, AA (Fol Avril, AA) et Six du Gué, AA (Fayriland II, AA). “Alain Cheyroux se séparait de ses chevaux de sport pour se concentrer sur ceux de course. J’ai toujours aimé les Anglo, que j’ai découvert lors d’un stage à la jumenterie du Pin. Je me suis toujours dit que c’était ce qui me convenait le plus. Je cherchais des juments Anglo dénuées de sang de course, avec un modèle de poulinières. Vici et Six m’ont plu, alors j’ai sauté sur l’occasion. Je ne le savais pas encore, mais elles allaient constituer la base de tout mon élevage de chevaux”, se souvient Sylvie qui, peu de temps après, s’est également lancée dans l’aventure de l’élevage de poneys. Une aventure qui n’a pas tout à fait commencé comme on pourrait l’imaginer, c’est-à-dire avec des poulinières. “Initialement, je cherchais juste un petit étalon pour souffler mes juments. Un jour, en allant dans un salon, je tombe sur la vidéo d’un poney B, alors âgé de trois ans : Ivoire de Civry, NF. Je l’ai acheté, l’ai fait sauter en liberté et me suis rendue compte que c’était un véritable phénomène. Par la suite, il a été agréé New Forest et Poney Français de Selle, et a été sacré champion de France en saut d’obstacles a cinq ans”, se remémore aussi l’éleveuse. Avec une telle pépite au sein de ses écuries, Sylvie fait le choix, en 1999, de faire prendre un nouveau tournant à son jeune élevage et a acheté pas moins de sept ponettes poulinières. Voilà ce qui s’appelle ne pas faire les choses à moitié. Passionnée de génétique, elle les a toutes sélectionnées selon des critères précis. “Elle avait toutes des antécédents sportifs ou des produits qui sortaient déjà en compétition, et venaient d’élevages réputés comme ceux de Monsieur Lassoux et de Madame Tréheux. Avec cela, je partais avec des souches sûres pour lancer mon élevage de poneys.”
Un fin travail de sélection
En 2001, pour des raisons tant professionnelles que personnelles, Sylvie Bonnan délocalise tout son élevage à Pornic, en Loire-Atlantique. Et c’est encore une nouvelle aventure qui commence. “J’ai acheté une propriété de cinquante-cinq hectares, un élément de plus pour développer mon élevage.” Toujours dans cet objectif, l’éleveuse a également, à ce moment-là, fait l’acquisition de deux nouvelles poulinières auprès des Haras nationaux. “Ensuite, sur mes cinq poulinières chevaux, j’ai progressivement sélectionné celles qui étaient le plus en adéquation avec ce que je recherchais, c’est-à-dire orienter mon élevage en complet et en saut d’obstacles.”

Aujourd’hui, pour la partie chevaux, grâce au minutieux travail d’une éleveuse qui savait précisément ce qu’elle voulait, l’élevage du Gévaudan repose sur deux lignées maternelles. Tout d’abord, celle de Vici du Gué, qui perdure notamment grâce à Josua du Gévaudan, AA (Iago, AA). Cette dernière est, entre autres, la mère de Sherazade du Gévaudan, AACR (Tinka’s Boy, KWPN), ISO 167, que l’on a pu voir jusqu’en CSI5* avec Romain Duguet et qui, depuis quelque temps, est de retour chez Sylvie Bonnan pour vivre sa nouvelle vie de poulinière. Et l’autre souche de l’élevage du Gévaudan, c’est celle de Six du Gué, qui avait, avant même qu’elle ne rejoigne les prés de Lozère, déjà été exploitée en concours complet et avait notamment engendré Quartz du Gué, AA (Black Beauty II, AA), ICC 152. “J’ai fait le choix de valoriser la lignée de Vici en saut d’obstacles, et celle de Six en concours complet. Cela s’est aussi fait car, en migrant de région et en raison des changements au sein du stud-book, j’ai eu encore plus de mal qu’auparavant pour trouver des étalons Anglo-arabe. J’ai alors fait labelliser toutes mes juments AA, pour produire en Selle Français. Aujourd’hui, je fais perdurer les lignées de Vici et Six grâce à leurs filles, que je garde précieusement”, explique Sylvie.
Des qualités recherchées toujours identiques
Malgré tous ces changements, une chose reste identique pour Sylvie Bonnan : les qualités recherchées chez un poulain. “Ce que je veux en priorité, c’est de la locomotion et de l’influx, avec un modèle harmonieux. C’est pour cela que j’utilise souvent des étalons étrangers, plutôt dans le sang, et qui apportent la bonne implantation d’encolure que n’avaient pas toujours les Anglo”, indique l’éleveuse. C’est notamment pour cela que cette dernière s’est souvent tournée vers Dum’Pom, AC. “J’avais vendu un cheval à Jacques Bastin-Lavauzelle, qui m’avait alors donné une part de son étalon de l’époque, Dum’Pom. J’avais accepté car j’aimais beaucoup son côté Laudanum, PS, qui n’est autre que son père. Je trouvais que cela apportait beaucoup aux Anglo. Je l’ai donc utilisé, et il m’a donné de bons produits avec mes deux lignées, comme Korrigan du Gévaudan, ISO 154, et Mill’Pom Gévaudan qui, à son époque, avait fait le Mondial du Lion. Ce dernier est d’ailleurs le grand-grand-oncle d’Hermès du Gévaudan.” Bon sang ne saurait donc mentir.
Le succès des poneys
Si Sherazade, Korrigan, Mill’Pom ou encore Hermès font partie de ceux qui ont le plus fait briller l’élevage du Gévaudan sur les scènes nationale et internationale, la partie “poneys” de ce dernier n’est pas en reste. “Pour être tout à fait objective, le poney qui a le plus marqué mon élevage, c’est Ivoire. Il a été indicé à plus de 155, a tourné sur les épreuves B,C, D et chevaux… C’était un phénomène. Aujourd’hui, il a vingt-sept ans mais il est toujours fringant !”, souligne l’éleveuse, dont la voix laisse transparaître qu’elle ne s’attendait pas à de tels exploits.
Côté étalons, Sylvie a notamment beaucoup plébiscité Numerus Clausus, NF et Talisman du Gévaudan, NF. Sous la selle de sa fille, Morgane, ce dernier avait d’ailleurs été sacré champion de France dans la catégorie E Élite en dressage en 2022. En concours complet, dans la catégorie Poney, l’élevage du Gévaudan a notamment brillé grâce à Django du Gévaudan, NF (Numerus Clausus, NF), qui s’est illustré jusqu’en As Elite et s’était classé troisième du championnat de France As Poney 1 l’an passé avec Arthur Lepetit. Et puis, n’oublions pas non plus Olympie du Gévaudan, NF (Ivoire de Civry, NF) qui, avant de devenir l’une des poulinières phare de l’élevage, a été sacrée vice-championne des 4 ans C et des 5 ans C, avant d’être labellisée également “Elite” à 6 ans.

Des poneys qui plaisent jusqu’en Espagne
Malgré la bonne génétique et les qualités de ses poneys, Sylvie Bonnan a dû faire face à un phénomène plutôt commun en France : le désintérêt des cavaliers pour les poneys B et C. “Ivoire, qui est la base de mon élevage, est un poney B. De ce fait, j’ai eu beaucoup de poneys C. Mais je me suis vite rendue compte qu’en France, ces poneys étaient difficiles à commercialiser. Et finalement, c’est aux cavaliers espagnols qu’ils ont beaucoup plu ! J’en ai même deux ou trois qui ont été sacrés champions d’Espagne sur des épreuves cotées à 1,10 mètre.” Surprenant mais, finalement, pas tant que ça, comme l’explique Sylvie. “En Espagne, les parents achètent plus de poneys C que de poneys D car à seize ans, leurs enfants passent à cheval. Il n’y a pas de catégorie Poneys jusqu’à dix-huit ans, comme en France. Cependant, ils veulent des poneys performants et avec du sang car ces derniers vont sur les mêmes concours que les chevaux pendant trois jours. La pratique et la politique en ce qui concerne l’équitation en Espagne ne sont pas du tout les mêmes qu’en France. Il y a moins de clubs et ils n’ont pas besoin d’autant de poneys que chez nous, ils veulent surtout de la qualité. Et puis, ce n’est pas du tout la même équitation. Tous mes poneys au sujet desquels on me disait en France qu’ils étaient un peu délicats ont tous réussi en Espagne.” Ainsi, l’élevage du Gévaudan s’est fait une belle réputation jusqu’en Espagne, d’où Sylvie reçoit chaque année de nouvelles demandes.
Un même cursus pour tout le monde
En ce qui concerne la formation de ses jeunes recrues, Sylvie Bonnan a su bien s’entourer. “Avant, ma fille s’occupait de former tous les poneys. Aujourd’hui, elle a trente-deux ans, est vétérinaire elle aussi et n’a plus trop le temps pour cela. J’avais également des cavaliers salariés qui s’occupaient de cela, dont Sophie Mavrocorvado ou encore Julie Le Guern. Désormais, je travaille avec Nicolas Lebourgeois.”
Quant aux étapes et au cursus de formation, ils sont les mêmes pour tous ses protégés, qu’ils soient chevaux ou poneys. “Je les présente, si je le peux, à deux ou trois ans aux modèles et allures, afin de voir ce qu’en pensent les juges et de les comparer à ce que font les autres éleveurs. Ensuite, s’ils ne sont pas vendus et qu’ils sont prêts, ils sont formés sur le circuit des Cycles classiques avec un cavalier chez qui je les ai placés. Et généralement, ils sont vendus avant cinq ans. Mon objectif n’est pas de les garder à la valorisation. Bien sûr, pour des raisons financières, mais aussi parce qu’il est de plus en plus difficile de trouver du personnel pour m’aider à m’occuper de tout le monde.” D’autant qu’en plus de la partie élevage, Sylvie gère elle-même, grâce à ses compétences de vétérinaire, tout ce qui concerne la reproduction, pour elle mais aussi pour des clients. “Cela fait beaucoup de choses en même temps et ne me permet pas d’emmener mes chevaux et poneys partout sur le long terme”, précise-t-elle.
Cependant, Sylvie Bonnan ne vend pas ses protégés à n’importe qui. “Je fais très attention aux maisons dans lesquelles ils vont. Les chevaux, je les vends quasiment uniquement à des professionnels. Il m’est déjà arrivé de refuser de vendre, soit parce que les personnes n’avaient pas le niveau ou que je savais qu’elles n’allaient pas valoriser mon produit et, par là, ma souche”, pointe l’éleveuse qui a ensuite à coeur de suivre tous ses chevaux et poneys dans leur parcours. “Voir Sherazade à la télévision sur les plus beaux concours du monde ou encore Hermès être sacré vice-champion du monde, c’est incroyable pour une éleveuse.”

De futures pépites
Si, il y a quelques jours, Hermès a fait briller l’élevage de Sylvie Bonnan, il ne devrait pas être le dernier “du Gévaudan” dont nous entendrons parler. “Il y a deux ans, j’ai fait naître Lazuli du Gévaudan, une fille de Falko de Hus et Ambre du Gévaudan, AACR (Quality Touch, Old). Et celle-là, je pense que ça va être une bombe !”, indique fièrement l’éleveuse. “J’ai également encore à la maison un fils de Colore, Holst et Ambre du Gévaudan, qui s’appelle Maverik du Gévaudan et qui, je pense, sera très bon pour le complet. J’ai également un foal que, chose que je ne fais d’habitude jamais, j’ai emmené au championnat à Saint-Lô cette année et qui s’est classé cinquième, Nectar du Gévaudan. C’est un fils de Petrus de Brandegem, Bwp et, là encore, Ambre du Gévaudan. Il est vraiment très beau et a une très belle locomotion. Celui-là, il sera top !” Autant dire que l’élevage de Sylvie Bonnan n’a pas fini de faire parler de lui.