Pierre Mathieu, coach en Nord
Derrière les réussites des cavaliers, il y a généralement un entraîneur. Et dans les Hauts-de-France, nombre de sportifs doivent en partie leurs bons résultats à Pierre Mathieu, passionné du cheval de A à Z et curieux de toutes les disciplines.
Chaque mardi, debout au milieu du manège de Juliette Faligot avec son incontournable nœud papillon, Pierre Mathieu observe tandis que la cavalière professionnelle et son cavalier, Vincent Lecolier, ainsi que deux ou trois amateurs venus se greffer à la séance, enchaînent les chevaux, jeunes et moins jeunes, et les parcours. Les échanges sont brefs et ponctués parfois d’une petite blague. Le coach ne se perd pas dans de longues explications et admet privilégier la simplicité dans le travail. Pierre Mathieu, dans les Hauts-de-France, est une figure bien connue des terrains de concours et de la formation de beaucoup de cavaliers.
Les trois disciplines en parallèle
Pierre Mathieu n’a pas un parcours banal. Originaire de Maubeuge (59), c’est en Camargue qu’il fait la découverte du cheval, « à l’occasion de balades de tourisme ». De retour dans le Nord, il persuade ses parents de l’inscrire au centre équestre de Maubeuge, où il fait son apprentissage. Pendant plus d’une dizaine d’années, il progresse dans cette structure, goûte à la compétition Poney dans les trois disciplines olympiques – participe aux championnats de France et d’Europe dressage et complet -, et accède en parallèle au niveau Pro 2, à cheval, en saut d’obstacles. Un démarrage sur les chapeaux de roues. « À Maubeuge, les trois disciplines olympiques étaient enseignées, notamment grâce à Bernard Bachelet, qui était cavalier de complet », se remémore Pierre Mathieu. « Il n’était pas rare non plus de croiser Daniel Lamour, cavalier émérite, entraîneur national de l’équipe de France Junior et conseiller technique du CRE Nord/Pas-de-Calais, qui venait faire des stages. J’ai également eu l’opportunité de travailler avec Jacques-Henry Ménard en dressage. » À vingt ans, Pierre Mathieu, après avoir passé le monitorat, part à l’armée et prend la direction de Fontainebleau.
Simplicité et bon fonctionnement du cheval
C’est d’abord au centre sportif d’équitation militaire (CSEM), au sein de la section CSO, qu’il passe six années à enseigner et à former les moniteurs. Puis le Nordiste prend la direction de l’École nationale d’équitation, où il passe son instructorat. « Je donnais des cours et je tournais en compétition au niveau Pro 1. » Après neuf années à Saumur, il remonte dans le Nord/Pas-de-Calais, où il occupe pendant une année le poste de directeur technique au centre équestre de Marcq-en-Baroeul. À l’issue de ces quelques mois, Pierre Mathieu démarre son activité de coach et entame des collaborations avec divers cavaliers de la région. « Je suis devenu indépendant, je faisais un peu de coaching et de commerce. J’ai commencé à faire travailler Alexis Borrin, Aymeric Roussel, Jean-Charles Bernast, Alexis Lheureux… » Au fil des rencontres, la liste des cavaliers entraînés par Pierre Mathieu s’est étoffée : la famille Vancrayelynghe, Virginie Lefevre, Benoît Houzé et son fils Victor, Xavier Hazebrouck, Baptiste Rodriguez, Margaux Courdent… Nombre de professionnels ont choisi de suivre ses conseils techniques. Son credo ? La simplicité. « J’essaie toujours de proposer des tâches motrices qui soient simples pour les chevaux et pour les cavaliers. Je m’appuie beaucoup sur le dressage des chevaux, la mise en main, les choses élémentaires, en prenant en compte leur fonctionnement biomécanique. Il faut que les chevaux fonctionnent bien, c’est à partir de cela qu’on peut les améliorer. »
La passion du cheval dans son ensemble
Le coach explique qu’il continue de se former grâce aux élèves, en restant ouvert et curieux. « Je me déplace sur les gros concours, j’observe beaucoup, et j’aime ce qui à trait à l’élevage, regarder les jeunes, retracer les lignées maternelles. J’ai un peu moins le temps aujourd’hui, mais il m’est arrivé de préparer des mâles de deux ans pour le championnat de France. Je suis intéressé de la base à l’arrivée, du poulain au cheval de sport. J’aime tout le cheminement, la formation du cheval, je trouve que c’est passionnant. Il n’y a pas seulement le côté technique de l’équitation, il y a aussi ce processus de formation. Je fais moi-même un peu d’élevage et c’est directement lié à mon activité de coach. Et puis, je m’intéresse aussi aux autres disciplines, je m’inspire des différentes méthodes et de certains équipements qui y sont utilisés. Quand je peux aller aux courses, je ne m’en prive pas, je regarde l’équitation western, l’attelage… Il y a à puiser dans ces différentes pratiques et je suis animé par l’amour du cheval dans son ensemble. »
D’ailleurs, Pierre Mathieu, s’il a raccroché les bottes de compétition – sa dernière monture en compétition étant Ballerine du Vilpion (Baloubet du Rouet), aujourd’hui sous la selle de Bosty -, n’hésite pas à monter de temps à autres à cheval sur le plat, pour ressentir les choses. Parmi les moments marquants de sa carrière, les réussites de ses élèves et notamment la victoire aux championnats de France quatrième catégorie avec l’équipe de Marcq-en-Baroeul. Un souvenir bien ancré. « L’évolution de mes élèves m’apporte vraiment de la satisfaction. Je pense notamment à Jean-Charles Bernast, malheureusement décédé, mais qui a eu une belle carrière, ou Alexis Borrin, qui a fait de belles épreuves. Être une petite pièce dans leur réussite est ce qui compte aujourd’hui dans mon activité. » Une activité que le coach mène avec plaisir, avec l’aide administrative et précieuse de sa compagne, Anne Bouharmont, et qu’il ne compte pas arrêter de sitôt.