Le box social, une révolution dans le domaine de l’hébergement de chevaux ?
Jamais à court d’idées pour améliorer le bien-être des chevaux, le Haras national suisse d’Agroscope a, depuis quelques mois, mis en place des boxes sociaux au sein de ses écuries. Objectif : favoriser les interactions et contacts en créant une ouverture sur une partie du box des chevaux afin que ces derniers puissent se sentir, se toucher et jouer. Et cela, y compris pour les étalons.
Est-il réellement impossible de faire cohabiter des étalons entre eux ou avec d’autres chevaux ? Si les réponses à cette question varient souvent selon les expériences et opinions de chacun, les équipes du Haras national suisse ont décidé d’y apporter la leur d’une manière un peu plus scientifique, en menant une étude sur près de quarante étalons. Souvent mis à l’écart et rarement hébergés en groupe pour diverses raisons (et notamment éviter les mauvais coups), les mâles ont généralement moins d’interactions avec les autres chevaux. Et pourtant, comme le rappelle Anja Zollinger, collaboratrice scientifique au Haras national suisse, « entretenir des contacts sociaux est un besoin fondamental pour tous les équidés, quels que soient leur âge, leur sexe ou leur utilisation ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’au sein de la confédération helvétique, la législation sur la protection des animaux impose que les chevaux soient élevés en groupe, de leur naissance à leur sevrage.
Un protocole bien défini
Mais comment faire cohabiter des étalons, dont les réactions peuvent parfois être très vives ? Le choix des équipes du Haras national suisse s’est porté sur un équipement bien spécifique, encore assez peu connu : le box social. « Afin de permettre à nos étalons d’avoir des contacts, nous avons testé le box social, dont la particularité réside dans l’une de ses parois latérales, semi-ouverte, qui permet aux chevaux de passer la tête, l’encolure et les membres dans le box adjacent. Les chevaux peuvent ainsi interagir, tout en restant chacun dans leur box », explique Anja Zollinger qui a ensuite, avec ses équipes, observé et caractérisé les comportements des étalons dans ce type de box, et les a comparés avec ceux qu’ils peuvent avoir dans des boxes conventionnels. « Nous avons, pour cela, étudier plusieurs points : la quantité et la qualité des interactions sociales, la présence de blessures et l’influence de cette méthode d’hébergement sur le comportement au travail », précise la collaboratrice scientifique. Les étalons ont ainsi été filmés pendant vingt-quatre heures afin de relever toutes les interactions, les blessures identifiées et répertoriées selon leur localisation et degré de gravité, et le comportement analysé au cours de huit sessions de travail à l’attelage (spécialité du Haras national suisse, ndlr).
Des résultats très positifs
Les résultats de cette étude en sont la preuve, les chevaux, quels qu’ils soient, sont indéniablement faits pour vivre en groupe. Malgré ce que laisse imaginer les premières minutes en box social… « Lorsque deux étalons cohabitent et se côtoient pour la première fois, l’effet rebond est systématique. Ils se cabrent, jettent les antérieurs, hennissent… Et finalement, cela ne dure jamais plus de vingt minutes. Après cela, ils sont beaucoup plus calmes, se cherchent, jouent ensemble…», détaille Anja Zollinger. Les interactions positives représentent d’ailleurs 71% des interactions totales en box social tout comme en box conventionnel, mais leur durée est supérieure de 10% dans le premier cas. « Dans un box conventionnel, les chevaux peuvent entreprendre le début d’une séquence d’interactions, en essayant de se toucher nez à nez par exemple. Mais ils sont vite limités et empêchés d’aller plus loin en raison de la configuration du box, ce qui n’est pas le cas dans un box social, où ils peuvent vraiment se sentir, se toucher…», indique la collaboratrice scientifique, qui a également observé une synchronisation des activités. « Les chevaux ont plus tendance à manger en même temps, à dormir face à face. »
Par ailleurs, on aurait pu croire que, parce que les chevaux peuvent davantage interagir lorsqu’ils sont au box, ils tenteraient de le faire également au travail. Eh bien non ! « Les interactions ont diminué au fil des jours de prise de données. Il semble que le fait d’être hébergé dans un box social n’influence pas le comportement des chevaux au travail. Ils ont depuis toujours appris que, lorsqu’ils travaillaient, ils ne devaient pas interagir et se tiennent à cette règle malgré la plus grande liberté d’interactions dont ils disposent au box social », souligne Anja Zollinger.
Des adaptations nécessaires
Si le bilan de cette étude et de ce test consistant à faire cohabiter deux étalons est très positif, seul un point s’est avéré poser problème : les blessures. Ces dernières sont nettement plus nombreuses lorsque les étalons sont hébergés en box social, « mais aucune blessure grave n’a été relevée », assure la collaboratrice scientifique, qui a d’ailleurs été interpellée par leur localisation. « 70% des blessures étaient situées sur la tête des chevaux, au-dessus des yeux et à proximité de l’arcade zygomatique. Or, ce n’est pas le type de blessure que l’on retrouve lorsque des étalons vivent en groupe. Nous avons donc supposé qu’elles étaient dues aux parois du box. » Et Anja Zollinger et ses équipes ne se sont pas trompées.
Parties du tout premier modèle de box social développé par l’éthologue suisse Andreas Kurtz, les équipes du Haras ont ensuite entrepris et testé plusieurs modifications afin de concevoir le box social le plus adapté, permettant aux chevaux d’interagir tout en évitant les blessures. « Nous avons notamment modifier le design, l’ergonomie et les matériaux des boxes sociaux, ce qui a permis, au fur et à mesure, de réduire le nombre de blessures. Nous en relevions toujours quelques-unes, mais qui ressemblaient bien plus à celles que l’on peut constater habituellement lorsque deux chevaux cohabitent ou sont en box », indique Anja Zollinger.
Le box social idéal
Anja Zollinger et ses équipes ont ainsi pu définir les grandes lignes du box social le plus adapté. « Les ouvertures doivent être suffisamment hautes pour que les chevaux ne se tapent pas la tête en se mettant debout ou la levant, mais également suffisamment larges et adaptées à la morphologie des chevaux. Elles ne seront pas les mêmes pour un Pur-sang que pour un Franche-Montagne, par exemple. Les chevaux doivent pouvoir passer la tête mais pas l’épaule. Par ailleurs, je conseille de mettre dans les deux boxes communicants deux chevaux qui ont à peu près la même morphologie, cela facilitera la définition de l’ouverture et de l’espacement entre les barreaux. Il est également important de s’assurer que les chevaux ne puissent pas se coincer la patte ou le sabot entres ces derniers, et de vérifier régulièrement leur espacement », souligne la collaboratrice scientifique. Autres conseils pour construire au mieux un box social : placer un tapis en caoutchouc sous la litière et fixer les barreaux verticaux avec des manchons de manière à pouvoir les desserrer plus facilement pour adapter la largeur ou en cas d’urgence. Enfin, selon Anja Zollinger, il est également préférable de prévoir au moins deux ouvertures pour que les chevaux puissent interagir tête-bêche, comme à l’état naturel, et non nez à nez, de n’ouvrir qu’une paroi sur quatre de chaque box et de garder une partie de celle qui a été ouverte fermée. « Cela permettra au cheval de s’isoler visuellement de son voisin s’il en ressent le besoin et s’il n’a pas envie d’interagir. »
Un concept déjà utilisé dans plusieurs écuries
Comme l’ont donc prouvé Anja Zollinger et les équipes du Haras national suisse, les boxes sociaux permettent d’avoir des interactions sociales plus diversifiées, plus longues et plus fréquentes que dans les boxes traditionnels. Des changements positifs qu’ont également pu constater plusieurs gérants d’écuries, qui ont eux aussi adopté ce mode d’hébergement pour leurs chevaux. « Parmi eux, il y a notamment un grand élevage de chevaux de sport allemand, où tous les étalons sont dans des boxes sociaux. Le centre équestre national de Berne, en Suisse, en a aussi mis en place pour ses hongres et juments, tout comme celui de Saumur », indique Anja Zollinger, indéniablement convaincue de l’intérêt et des bienfaits des boxes sociaux.