Salomé Schmitt, pour l’amour du poney de sport

Sandrine Febvet 15 décembre 2023

Very Star Kerveyer, l’étalon poney qui a servi le plus de juments en 2022 et le meilleur père jeunes poneys SHF en 2023, Ghannan Embets Tilia, vice-championne de France des poneys de 7 ans, Goldwyn d’Embets, sixième de ce dernier et vainqueur du Grand Prix des 7 ans du Sologn’Pony, Iram Boy d’Embets, champion de France des mâles de 3 ans en 2021, I Am a Star d’Embets, champion de France hunter jeunes poneys 4 ans 2022, troisième du championnat de France des 5 ans D mâles et hongres cette année… Derrière tous ces très bons poneys de sport se cache une éleveuse passionnée et discrète : Salomé Schmitt, à la tête de l’élevage des Embets depuis quinze ans. Retour sur une ascension studieuse, réfléchie, où l’écoute, le travail et les belles rencontres ont été les meilleurs ingrédients de la réussite.

Salomé a grandi à la campagne, dans la ferme familiale à Lapoutroie, où l’on élève des chèvres et produit du fromage. Aucun poney ni cavalier à l’horizon mais pourtant, la petite fille ne rêve que de monter à cheval. Elle débute dans le poney club voisin et pratique une équitation de loisir jusqu’à ses quinze ans. Motivée et déjà travailleuse, elle s’offre ses deux premiers chevaux en juin 1999, lesquels périssent malheureusement quelques semaines plus tard dans un violent incendie qui ravage toute la ferme. Un énorme choc pour l’adolescente, qui ne remet pour autant pas en question son rêve d’être propriétaire de chevaux. Une nouvelle ponette haflinger rejoint donc Salomé l’année suivante, puis une autre quelque temps plus tard.

La révélation

En 2005, Salomé débute ses études supérieures et suit un BTS Gestion des exploitations agricoles. Afin de continuer à profiter de sa ponette, elle la met en pension dans le centre équestre de Boujailles, chez William Roux, proche du lycée où elle est inscrite. C’est au sein de cette écurie que Salomé découvre alors le monde du poney de sport. Elle y côtoie des pensionnaires de renom, habitués des terrains de compétition au niveau Grand Prix (les actuelles As Poney élite), tels que Indienne des Genêts, CO (Dexter Leam Pondi, CO), Ben Ibn Fata, PFS (Fata, AR) ou Impérial du Blin, CO (Quetzal du Blin, CO). C’est la révélation. Voir ces excellents sauteurs sur des parcours côtés à 1,30 mètre fascine la petite Salomé et lui donne l’envie de faire naître des poneys de sport.

Du loisir à l’enseignement

Encouragée par son moniteur, Salomé commence la compétition avec son Anglo-arabe puis entame la formation BPJEPS pour devenir monitrice. Travailleuse et courageuse, elle obtient son diplôme après une année de formation et décide d’ouvrir un poney club dans la structure familiale afin de pouvoir réaliser son rêve et débuter un élevage de poneys de sport. Prudente et bien conseillée, Salomé sait que vivre uniquement de l’élevage est très compliqué, surtout quand on débute. En parallèle, la jeune monitrice continue également de travailler pour la ferme. Autant dire qu’elle ne compte pas ses heures mais son rêve prend forme !

Le poney-club voit donc le jour en 2008, avec quelques poneys déjà prêts pour l’enseignement ainsi que quelques bons jeunes sujets achetés dans différents élevages réputés tels que l’élevage d’Avançon de la famille Ferte. Salomé souhaite faire les choses bien et a retenu la leçon donnée par son instructeur : « un mauvais cheval coûte autant d’argent qu’un bon à entretenir ». Elle préfère donc la qualité à la quantité et débute avec une toute petite cavalerie bien sélectionnée.

2011 et 2012, années des rencontres

À l’occasion d’une saillie réservée pour l’une de ses poulinières, Salomé fait la rencontre, en 2011, de Marine Guérillon Dorguin, à la tête du très bon élevage de Poneys français de selle et Welsh B à l’affixe du Tilia, qui a produit de nombreux bons poneys de sport et reproducteurs tels que Movie Star Tilia, PFS (Quick Star, SF), Pidji du Tilia, PFS (Fidji du Fleury, sBs), Sir Raspoetin Tilia, WB (Hondsrug Raespoetin, WB) et tant d’autres. L’entente est immédiate entre les deux éleveuses. Ce que Salomé ne sait pas encore, c’est que cette première rencontre va être le début d’une longue amitié et va changer le cours de sa vie professionnelle. Car alors que Marine commence à envisager la fin de sa carrière d’éleveuse, elle décide de prendre Salomé sous son aile, de l’aiguiller dans ses choix de croisements et de lui partager son savoir avec bienveillance. Elle lui confie par la suite la production de sa toute bonne poulinière Hourloupe du Tilia, WB (Elvey Jarnac, WB), et les cinq derniers produits de cette dernière porteront le double affixe des deux co-naisseuses. Mère de nombreux poneys indicés, elle donnera notamment naissance par transfert d’embryon à Ghannan Embets Tilia, PFS (Kannan, KWPN), qui a été sacrée vice-championne des poneys de 7 ans cette année.

En 2012, Salomé fait une autre rencontre importante dans son parcours de cavalière et d’éleveuse. En attendant que ses propres poneys soient en âge d’être montés, la cavalière se lance dans la prise au travail et la valorisation de jeunes poneys de sport, toujours au sein de son poney club. Elle débute alors une collaboration avec Christian Morel, à la tête de l’élevage à l’affixe de Blonde, reconnu pour son sérieux depuis de nombreuses années. Cette collaboration se révèle très formatrice pour la cavalière et jeune éleveuse qui se nourrit des nombreux échanges avec Christian ainsi qu’avec les autres professionnels qu’elle rencontre, qu’ils soient éleveurs ou cavaliers.

Cependant, bien que la préparation et le travail des jeunes poneys la passionne, Salomé réalise que la compétition génère chez elle beaucoup de pression et de stress et qu’elle a plus de plaisir à voir évoluer ses poneys sous la selle d’enfants.Et cela tombe plutôt bien, ses nièces Eden et Théa Muyard, toutes les deux cavalières, sont férues de concours et ne demandent que ça ! C’est donc tout naturellement que les poneys passent sous la selle des deux jeunes filles en compétition, encadrées par Salomé qui assure le travail à la maison ainsi qu’une grande partie des épreuves de qualification. Le travail en trio fonctionne à merveille, et c’est présenté par Théa qu’un jeune poney, acheté à 3 ans par Salomé sous les conseils de Marine, va crever l’écran.

Le phénomène Very Star Kerveyer

« Very Star Kerveyer est le poney dont tout le monde rêve, le poney d’une vie. Je lui dois tout. » Voici les mots de Salomé quand on l’interroge au sujet de son prodige. Toujours facile, gentil, monté par les enfants, Very Star est un poney compétitif et volontaire une fois en piste. Champion des 4 ans B, Élite et troisième à 5 ans, champion des 6 ans B et champion de France B Élite à 7 ans, tel est le résumé de sa carrière sportive ! À l’élevage, la carrière du petit étalon est tout aussi impressionnante. Issu d’un croisement fort intéressant regroupant le sang de Quick Star, SF et de Kantje’s Ronaldo, NF, tous deux à l’origine de très nombreux gagnants en sport comme en élevage, Very Star Kerveyer est devenu au fil des années l’étalon performer de petite taille idéal à croiser avec des juments de sport dans l’objectif de produire des poneys de haut niveau. Mis à la reproduction dès l’âge de 4 ans en parallèle de sa carrière sportive et exclusivement consacré à son activité d’étalon depuis 2020, Very Star est le père de 335 produits enregistrés au SIRE et de 53 produits indicés en compétition sur 122 en âge de concourir, dont 21 à plus de 120 et 4 au dessus de 140. Avec 153 juments saillies, il était l’étalon poney le plus plébiscité en 2022 et devrait réitérer l’exploit cette saison puisqu’à ce jour, 142 saillies ont été enregistrées à son actif. Un véritable phénomène !

Une orientation 100% élevage depuis 2017

Le cheptel s’est donc progressivement développé aux Embets, avec des ponettes comme Anastasia Daineger, WB (Sir Raspoetin Tilia, WB), Arwenn Der Lenn, PFS (Kantje’s Ronaldo, NF), Valkiry Tilia Derlenn, PFS (Zodiak, NRPS), Madona du Park, SF (Oberon du Moulin, SF), Quarwyn de Grangues, PFS (Machno Carwyn, WD), ou encore Alaska du Tilia, PFS (Kalaska de Semilly, SF). Toutes bien indicées en compétition ou aux souches solides et confirmées. Le poney club, difficile à rentabiliser, surtout l’hiver qui peut se montrer un peu rude à plus de 700 mètres d’altitude, cesse son activité en 2016. L’année 2017 marque donc un tournant dans la carrière de Salomé qui, à la naissance de son premier enfant, décide de ne se consacrer qu’à l’élevage et l’étalonnage. Afin d’être totalement indépendante, elle obtient sa licence d’inséminatrice fin 2018 et peut ainsi tout gérer depuis la ferme familiale pour laquelle elle continue de travailler.

Des partenariats bien choisis

Eden et Thea, aujourd’hui âgées de 20 et 21 ans, se consacrent désormais à leurs études supérieures. Salomé fait donc appel aux services de cavalières professionnelles comme Marion Méric ou Pauline Henry pour débuter et préparer ses jeunes poneys plein d’avenir. Une fois dressés et prêts, ils sont confiés à des enfants qui les valorisent en compétition avant de revenir à l’élevage en tant que reproducteurs ou d’être vendus. C’est d’ailleurs ainsi qu’est né le partenariat avec la famille Moulin Teste et la jeune Myla. Une autre « très belle rencontre » selon Salomé, qui a débuté en 2019 alors que Nuptia, la maman de Myla, lui cherchait un poney B pour évoluer en épreuves Poney 2/Poney 1. L’éleveuse leur confie alors Élégante des Littes, WB (Sir Raspoetin Tilia, WB) après la finale des 5 ans pour deux saisons de compétition. Sous la selle de Myla, la ponette décroche un IPO 123, puis retrouve les terres alsaciennes pour débuter sa carrière de poulinière. Ébène Star d’Embets, PFS (Very Star Kerveyer, PFS), IPO 155, Deep White des Embets, WPB (Vip des Demoiselles, WPB), IPO 161, et Eleios Sir d’Alcova, WB (Sir Raspoetin Tilia, WB), IPO 154, passent également entre les mains de Myla avec beaucoup de réussite.

Convaincue par la production de Salomé, la famille acquiert Iram Boy d’Embets, PFS (Sandro Boy, Old) en juin 2020, lequel sera sacré champion de France des mâles de 3 ans l’année suivante. En 2022, l’éleveuse confie alors à Myla la toute bonne Ghannan Embets Tilia en vue de la saison des poneys de 7 ans. Une collaboration de nouveau couronnée de succès puisque les deux demoiselles sont, ensemble, sacrées vice-championnes de France et débutent avec succès en As Poney Élite en se classant troisièmes lors de la Super As de Barbizon le 15 octobre dernier.

Un succès toujours aussi solide

2023 est donc une année fructueuse pour l’élevage des Embets de Salomé Schmitt, dont les poneys se distinguent à la fois en épreuve d’élevage et en épreuves sportives. Pour la saison 2024, 25 poulains sont attendus, 19 étant déjà réservés in-utero. La réputation des poneys de Salomé est désormais telle qu’il faut s’y prendre à l’avance pour s’en offrir un ! Un juste retour des choses pour celle qui travaille dur depuis 15 ans afin de développer son élevage et faire naître des poneys de sport « performants, au service des enfants ». Son objectif aujourd’hui est de pouvoir continuer de vivre son rêve d’adolescente, avec l’espoir de voir un jour un poney des Embets fouler la piste des championnats d’Europe Poneys. Car Salomé, c’est toujours « l’envie de faire mieux » et d’être « entourée des bonnes personnes ». Un leitmotiv qui, jusqu’à présent, lui réussit bien !

Crédit photo à la une: Coll./Jonathan Florence