Cavalexteam, un système mijoté, des chevaux aux petits oignons – Partie 1

Sylvia Flahaut 25 novembre 2023

Éleveurs, cavaliers, courtiers… Alexandra Lepage Rantet et Yoann Lepage, à la tête de l’écurie Cavalexteam, ont plusieurs casquettes et ont bâti un système basé sur la qualité des souches utilisées et du temps justement pris dans le travail des chevaux. 

Au sein de la filière cheval, il y a notamment les éleveurs, les cavaliers, les étalonniers, les propriétaires… Et, parfois, il y a ceux qui choisissent d’endosser plusieurs rôles à la fois et d’exercer en prenant un chemin un peu différent. C’est le cas d’Alexandra et Yoann Lepage, installés à Paimpont, en Bretagne. « On s’est déjà fait la réflexion qu’il y avait peu de personnes, au sein de notre secteur, qui fonctionnaient comme nous », admet Alexandra. À quarante-et-un ans, cette dernière, qui affirme être une passionnée de sport, a pris le parti de l’élevage, dans lequel elle se reconnaît davantage. 

À deux pas de la forêt de Brocéliande, elle s’est installée il y a dix-sept ans avec son conjoint Yoann, petit-fils d’éleveur. « Je n’étais pour ma part pas issue du sérail », indique Alexandra. « Mais, je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours aimé les chevaux. Quand j’étais petite, je les découpais dans les magazines et je les mettais dans une boîte. C’était quelque chose de précieux pour moi… » Alexandra commence à monter à seulement onze ans mais connaît une ascension fulgurante en compétition. « J’ai eu la chance d’avoir une très bonne ponette, Romance de Tyv (Flox, AA), et un excellent cheval, Amour du Moulin (Feu Sacré), qui m’ont permis de faire mes armes en compétition et d’évoluer très vite. »

Quand j’étais petite, je les découpais dans les magazines et je les mettais dans une boîte. C’était quelque chose de précieux pour moi…

Alexandra Lepage

À quinze ans, en 1996, Alexandra court en effet sa première B1 et évolue jusqu’en A1 avec Amour. « César de l’Herbage (Jalisco B) est rapidement venu épauler Amour et j’ai pu sortir en compétition avec deux très bons chevaux de Grand Prix », se remémore la cavalière. « Ce n’était pas donné à tout le monde d’être aussi bien équipé et mes premières années de compétition se sont vraiment très bien passées : mes parents jouaient le jeu et j’ai pu faire de beaux concours. » La jeune fille suit des stages, notamment avec Marcel Rozier ou Marcel Delestre, et s’inspire des différents enseignements qui lui sont inculqués. Elle travaille également avec Pascale Boutet, cavalière de complet. 

Un foyer en Bretagne

Assez logiquement, Alexandra Rantet envisage une carrière professionnelle dans les chevaux, mais accepte de continuer dans un premier temps ses études après le baccalauréat. Elle s’engage dans un cursus Langues étrangères appliquées, mais une opportunité vient bouleverser ce plan. « Je tournais toujours en compétition avec César et Amour, et un éleveur m’a demandé s’il pouvait me confier ses chevaux. J’ai accepté et décidé de prendre une année sabbatique pour me consacrer exclusivement à la compétition et à la formation des chevaux. » Alexandra ne retourne pas sur les bancs de l’université et, pleinement satisfaite de travailler au sein de la filière équestre, elle s’investit. « J’ai pu participer à ma première finale bellifontaine, puis mondiale à Lanaken. » C’est d’ailleurs là qu’elle fait l’acquisition d’un foal mâle, Campo Flamingo Z (Chellano Z), qui devient l’étalon maison.

La cavalière, qui se professionnalise, cherche désormais à s’établir et jette son dévolu sur la région bellifontaine, d’où elle est originaire. Mais la difficulté à trouver du foncier la contraint finalement à délocaliser et c’est en Bretagne, une région qu’elle affectionne particulièrement, qu’elle pose ses valises. « J’ai trouvé une maison à Paimpont, avec la possibilité d’avoir des terrains autour », explique Alexandra. « Avec ma maman, nous en avons fait l’acquisition et j’ai pu m’y installer en 2005. » Une période clef pour la jeune femme alors âgée de vingt-quatre ans, puisqu’elle fait la rencontre de celui qui deviendra son mari, Yoann Lepage, salarié à l’élevage d’Helby. « Yoann était en poste et il s’occupait dans le même temps de l’élevage de son grand-père, André, disparu quelque temps plus tôt, l’élevage du Serein. Entre son travail, les chevaux de son élevage, les miens et les travaux, ce fut une période extrêmement chargée qui m’a contrainte à mettre la compétition un peu entre parenthèses. À cette époque, on n’arrêtait pas, j’ai des souvenirs de nous qui installions des clôtures le soir, à la lampe frontale. »

L’opportunité Nangaye de Kergane

Alexandra et Yoann, tous deux cavaliers, nouent des contacts et s’intéressent de près au monde de l’élevage. Louis Menier, à la tête du bien connu affixe de Kergane, demande à Alexandra de remplacer momentanément son cavalier, blessé. La cavalière a ainsi l’occasion de poser sa selle sur le dos de Nangaye de Kergane (Grand Chef Bleus).  « J’ai tout de suite senti que c’était une jument exceptionnelle », se remémore Alexandra. Alors, quand le couple a l’occasion d’en acquérir la moitié et de faire la même chose avec Mascotte du Manoir (Diamant de Semilly), également propriété de Louis Menier, grand-mère de l’étalon Berdenn de Kergane et issue de la même souche que César de l’Herbage, il n’hésite pas.

Nangaye de Kergane, jument souche de l’élevage d’Alexandra et Yoann, a connu de multiples succès sous la selle de Luciana Diniz. Ph. Knoll

Nangaye sera à la base de leur élevage, à l’affixe Flamingo, inspiré de l’étalon Campo, acheté quelques années plus tôt. Une souche qui leur permet de faire naître de bons poulains, sur la base du travail de sélection réalisé par Louis Menier pendant plusieurs décennies. « Élever un poulain avec un très bon pedigree ou avec un pedigree commun coûte la même chose », fait remarquer Alexandra, qui évolue en compétition avec Nangaye. En 2011, le couple remporte notamment le CSI3* de Dinard, puis la jument est vendue à Edouard de Rothschild, qui la confie à Luciana Diniz. Rebaptisée Lady Lindenhof, elle gagne notamment le Grand Prix 5* de Valkenswaard, termine deuxième du Grand Prix de l’Europe à Aix-la-Chapelle… Elle passe ensuite sous la selle de Kevin Staut, tandis qu’Alexandra et Yoann ont veillé à conserver sa souche… 

La suite de votre reportage sur Cavalexteam à retrouver demain, sur leperon.fr.

Crédit photo à la une: Ph. Coll