Haras du Pachavert, l’élevage selon Charlotte Gandon

Sylvia Flahaut 10 octobre 2023

Installée depuis neuf ans au nord de l’Yonne, à Saint-Sérotin, Charlotte Gandon, trente-cinq ans, fait naître chaque année environ huit poulains. Passionnée d’élevage depuis longtemps, elle a bâti “à sa sauce” le Haras du Pachavert. 

Faire naître un bon cheval, réaliser le bon croisement, je me suis toujours demandée quelle était la recette”, sourit Charlotte Gandon, originaire d’Ile-de-France. Nous avions rencontré cette sympathique éleveuse à Saint-Lô, lors du championnat des foals, où elle avait eu la joie de voir sa pouliche, Nosy Doll Pachavert (Grand Slam VDL, Kwpn x Frivole du Houssoit par Baltik Sitte, sBs), remporter sa catégorie d’âge (femelles âgées) et, surtout, la meilleure note de tous les foals présentés (18,38).  Lorsque la vocation est claire, il est sans doute plus facile d’aller vers son but sans détour et c’est ce que Charlotte a fait. “Faire de l’élevage a très vite été mon objectif. C’est grâce à ma mère que j’ai été mise au contact des chevaux : elle m’a inscrite quand j’étais petite dans un poney-club. Elle avait été cavalière durant sa jeunesse, et je l’ai incitée à s’y remettre avec moi quelques années plus tard.” Après un diplôme agricole en poche, Charlotte, épaulée par ses parents, Véronique et Patrick, s’est mise en quête d’une structure. C’est au nord de l’Yonne, en 2014, qu’elle a finalement trouvé son bonheur. Un bonheur de quarante-cinq hectares d’un seul tenant, avec une ferme au milieu. 

Le haras du Pachavert, situé au nord de l’Yonne. Ph. Coll

Urbane Tame, le premier coup de coeur 

La structure n’était pas en état d’accueillir des chevaux immédiatement, mais finalement, ça m’a plu, car j’ai eu la possibilité de faire à ma sauce”, indique Charlotte, qui a réaménagé le lieu pour accueillir son élevage, ainsi que des pensions dans un premier temps. Aujourd’hui, le haras du Pachavert compte une trentaine de chevaux sur site, et un centre de balnéothérapie, que Charlotte a ouvert en 2018. “Je réalise environ quarante poulinages par an, les miens et ceux de propriétaires”, décrit Charlotte. Son premier poulain est né en 2012. Et Charlotte avoue volontiers que le croisement était perfectible. “Il y a parfois la chance du débutant, mais je crois surtout qu’en élevage, au début, on tâte, on cherche… Pour ma part, je pense avoir été lucide dès le départ. Je me suis vite dit que je pouvais mieux faire. J’ai rapidement tenté d’étoffer ma jumenterie, et de diversifier mes souches avec des juments qui me plaisaient.

Charlotte Gandon aux côtés d’Urbane Tame lors de son poulinage de Nero Bee Pachavert (Le Coultre de Muze, Bwp), en 2022. Ph. Coll

La première sur laquelle l’élevage Pachavert va réellement s’appuyer vient de chez Denis Brohier. “J’ai croisé la route d’Urbane Tame au Marché Fences, du temps où il existait encore”, se remémore Charlotte. “Je l’ai d’abord trouvé très belle, sans regarder son papier. Et puis, quand je l’ai vu bouger, elle avait une aura incroyable, et j’ai eu la chance de pouvoir en faire l’acquisition.” Urbane est une fille du Kwpn Verdi et de la Selle Français Kocahine (Narcos II). “Je n’avais pas vraiment regardé son pedigree avant de l’acheter. Urbane m’a donné par la suite de bons produits, à l’instar de Fée Nomen Pachavert, une fille du Holsteiner Contendro, qui a terminé en 2021 septième de la finale des juments de six ans à Fontainebleau. J’ai d’ailleurs eu de la chance avec Urbane, car elle m’a fait beaucoup de femelles !

“Ne vends jamais la mère si tu n’a pas gardé une fille”

Au fil des années, et au gré des rencontres et des opportunités, Charlotte élargit petit à petit sa jumenterie. “J’ai eu l’opportunité de faire l’acquisition de Chanel del Colle, une jument issue du croisement entre le Kwpn Kannan et le Hanovrien Stakkato. Mon but, avec elle, était vraiment de faire de la repro. Elle a commencé par me donner plusieurs très beaux mâles, dont Inca Toki Pachavert, par le Holsteiner Catoki, qualifié cette année pour la finale des chevaux de quatre ans. J’aime beaucoup le croisement Kannan x Catoki, c’est particulièrement actuel quand on voit les très bonnes performances d’Ermitage Kalone, issu de cette origine. Et, cette année, j’ai enfin eu une femelle de Chanel ! J’espère toujours avoir des femelles de mes juments souches, car Henry Brugier m’a dit un jour : “ne vends jamais la mère si tu n’as gardé pas une de ses filles.” J’aime écouter des personnes comme Henry, qui est bienveillant avec ceux qui n’ont pas son expérience.

Le haras dispose de quarante-cinq hectares, et Charlotte Gandon fait tourner ses groupes, de manière à préserver la ressource en herbe. Les chevaux sont ainsi dehors durant toute la saison estivale. Ph. Coll

Outre Urbane et Chanel, Charlotte peut également compter sur Oh d’Hammer (Illico de Batilly x Cordial, Han). “J’avais déjà vu Oh quand elle était jeune, et j’ai eu la chance de recroiser sa route. Elle avait seize ans, et je pense qu’il fallait qu’elle en termine avec le sport”, explique Charlotte. “C’est une jument que j’ai toujours bien aimée. Elle est assez facile à croiser et sa production, dont la première génération a quatre ans, a du génie.” Parmi ses six souches, Charlotte dispose également de la mère de Nosy Doll Pachavert, Frivole du Houssoit (Baltik Sitte, sBs). Cette dernière est notamment la mère du protégé de Bruno Rocuet, Indy de Liam (Emerald van’t Ruytershof, Bwp), gagnant du CIR de Saint-Lô et quatrième de la finale des chevaux des 5 ans cette année, sous la selle de Nicolas Layec. Charlotte a également, parmi ses effectifs, Ermine de Rance (Vigo cécé), une petite-fille de Sophie du Chateau. “J’ai choisi de garder une fille d’Ermine qui est par Up to You*GFE. Généralement, je fais le choix de garder les pouliches qui m’inspirent, qui dégagent quelque chose, et cela même si la côte commerciale de leurs origines n’est pas élevée au moment où je fais mes choix. C’est aussi cela l’élevage, il y une part de ressenti.

De l’élevage, de la retraite et de la balnéothérapie

Au haras du Pachavert, il y a une utilisation tournante des herbages, “pour ne pas être au foin dès avril”, indique Charlotte. “Les chevaux sont rentrés l’hiver, cela nous permet de manipuler les jeunes, de faire les soins…” Sur place, un rond d’Avrincourt offre la possibilité de sortir les plus jeunes et de faire sauter les trois ans. “Nous avons également une carrière de 30 x 60, ainsi que des paddocks en sable, qui sont en accès direct. Les chevaux sortent tous les jours, et ont des interactions avec leurs congénères même lors de la période hivernale. Ici, pas de placard.

Le haras du Pachavert est doté de paddocks en sable sur lesquels les chevaux ont un accès direct. Ph. Coll

Lorsqu’elle a fait l’acquisition de sa structure, Charlotte a également accueilli quelques chevaux en pension. Mais elle a renoncé à cette formule. “Je trouve que l’activité d’élevage cohabite difficilement avec celle de pension”, explique-t-elle. “J’avais de très bons propriétaires, mais lorsque vous avez dix personnes qui viennent voir votre poulinière qui vient de mettre bas, ce n’est pas idéal pour elle. Je pense que chaque maman qui vient d’accoucher et qui reçoit de nombreuses visites dans sa chambre d’hôpital peut en témoigner ! Alors j’ai décidé uniquement de prendre quelques chevaux en retraite, dont les propriétaires ne viennent pas quotidiennement. La structure est ainsi plus calme.” 

En 2018, Charlotte Gandon a concrétisé son projet de centre de balnéothérapie, en faisant l’acquisition d’appareils de soin pour chevaux. “J’ai eu la chance de voir pas mal d’écuries en Europe, et je me suis aperçue, en France, que nous avions un peu de retard en matière de bien-être et de soin du cheval athlète. J’ai donc décidé de proposer ce service, en achetant un spa et un solarium à plasma, qui émet des infrarouges longs. Cela permet de délier les masses musculaires en profondeur. Quant au spa, le cheval a les membres immergés, et l’eau, enrichie en oxygène, lui masse les tissus et les resserre.” Charlotte Gandon a donc trouvé un équilibre au sein de sa structure.

Au sein de son centre de balnéothérapie, Charlotte Gandon dispose d’un spa et d’un solarium à plasma. Ph. Coll

De juin à novembre, quand les chevaux d’élevage sont à l’extérieur, la balnéothérapie est sollicitée : il y a des besoins en termes de récupération car c’est la saison de concours. Les gens partent en vacances et nous laissent leurs chevaux. L’hiver, ça se calme un peu et ça tombe bien, car les chevaux d’élevage demandent plus de temps. Donc, il y a une forme de complémentarité de ces deux activités…”  

“Faire en sorte que ça matche”

Sur l’aspect commercial, Charlotte Gandon essaie de former les bonnes combinaisons entre les chevaux à la vente et les clients qu’elle reçoit. “Je pars du principe que le fait d’essayer de commercialiser un cheval à tout prix, même s’il ne correspond pas à la demande, n’est bénéfique à la fin ni pour le cheval, ni pour le client, ni pour le vendeur. Alors, autant que possible, j’essaie de faire en sorte que ça matche avec les personnes qui viennent me voir. Il est vrai que j’ai tendance à laisser partir plus facilement mes foals mâles car je n’ai pas vocation à faire de l’étalonnage. Mais je vends mes chevaux à tout âge.” 

Je pars du principe que le fait d’essayer de commercialiser un cheval à tout prix, même s’il ne correspond pas à la demande, n’est bénéfique à la fin ni pour le cheval, ni pour le client, ni pour le vendeur.

Charlotte Gandon

Lorsque les produits de l’élevage partent au travail, après avoir été débourrés en fin d’année de trois ans, ils prennent la direction de Bois-le-Roi, chez Adrien Bonneau. “Il a la capacité de s’adapter à tous les chevaux”, dit de lui l’éleveuse. “J’ai des poulinières assez différentes les unes des autres, qui produisent différemment ! Et Adrien m’a montré à de nombreuses reprises qu’il savait faire en fonction des différents profils de jeunes chevaux. Pour moi, c’est essentiel.” C’est d’ailleurs sous la selle d’Adrien, neveu de Jean-Maurice Bonneau, que Fée Nomen Pachavert a obtenu sa mention Excellent en 2021 à Fontainebleau.

Sous la selle d’Adrien Bonneau, en 2021, Fée Nomen Pachavert a terminé septième du championnat des juments de 6 ans à Fontainebleau. Ph. Coll. PSV

Outre la passion qu’elle a pour l’élevage, la motivation de Charlotte tient également à son entourage. Elle collabore avec Adrien Bonneau pour le travail de ses jeunes et peut également compter sur Philippe Besse, salarié à plein tempd du haras depuis quatre ans. “J’ai la chance de compter sur une bonne équipe, composée également d’apprentis”, indique Charlotte. “Et mes parents sont de véritables piliers pour moi. Sans eux, rien n’aurait été possible. Ils m’ont beaucoup aidée au niveau des garanties. Et ils sont un soutien moral sans faille.” Bien installée au sein de ses écuries et bien entourée, Charlotte Gandon se sent bien dans l’Yonne, où elle voit quelques jeunes agriculteurs s’installer autour d’elle. “Il y a de plus en plus d’installations, c’est une bonne chose.” Preuve que les bons chevaux ne naissent pas tous en Normandie… 

Poulinières et produits du haras du Pachavert

Hazzar’O Pachavert, fils de Chanel del Colle (Kannan, Kwpn) et Contendro, Holst. Ph. Coll

▪️ Produits d’Urbane Tame (Verdi, Kwpn x Narcos II)

– 2015 – Fée Nomen Pachavert (Contendro, Holst) ISO 143 – reste a l’élevage (un premier produit en transfert d’embryon en 2023 par Dallas VDL, Bwp)

– 2016 – Gumbet Pachavert (Corland, Holst) 

– 2018 – It Mash in Pachavert (Rock’n Roll Semilly) – Fences 2021 – Cycles classiques 5 ans sous la selle d’Audrey Paris

– 2019 – Jade Or du Pachavert (Cornet’s Prinz, Westf), achetée à trois ans par Armand Mallet avec qui elle a évolué à quatre ans

– 2021 – L’Eau d’As Pachavert (Conthargos, OS), reste à l’élevage. Pleine pour 2024 de Black Jack DK Z

– 2022 – Nero Bee Pachavert (Le Coultre de Muze, Bwp) 

▪️Produits de Chanel del Colle (Kannan, Kwpn x Stakkato, Han)

– 2017 – Hazzar’o Pachavert (Contendro, Holst), Fences 2020

– 2018 – Inca Toki Pachavert (Catoki, Holst). Évolue sous la selle d’Adrien Bonneau. À vendre

– 2022 – Mete Or Pachavert (Balou Star, Old)

– 2023 – Night Khôl Pachavert (Clarence, Holst). Pleine pour 2024 de Conthargos

▪️ Produits d’Ermine de Rance (Vigo Cécé), petite-fille de Sophie du Château 

– 2019 – Jah’s mine Pachavert (dollar du rouet) – vendue, poulinière 

– 2020 – Kiss en Vol Pachavert (Up to You*GFE) – reste a l’élevage, a eu sa première pouliche en 2023 (Nanane Air Pachavert, par Macho Man*GFE). Destinée au sport

– 2021 – La Free Vol Pachavert (Conthargos, Old), vendue pour le sport et l’élevage 

– 2022 – Moga d’Or Pachavert (Hardrock Z), vendu à Arnaud Evain – pleine pour 2024 de Mylord Carthago et deux transferts d’embryon avec Joker d’Euskadi*GFE

▪️Produit de Frivole du Houssoit (Baltik Sitte, sBs x Lord Z), souche directe d’Exocet du Houssoit. A bien produit pour l’élevage de Liam, d’Amélie Quéguiner, avec notamment Indy de Liam (Emerald van’t Ruytershof, Bwp)

– 2023 – Nosy Doll Pachavert (Grand Slam VDL, Kwpn), première fille de Frivole pour le compte du haras que nous conserverons sur l’élevage – pleine pour 2024 de Escape Z

▪️ Falanda EB (Flipper d’Elle x Calando I, Holst), sœur utérine de Zidane VDL (Silverstone Z)

2020 – Kokt El Pachavert (Apardi, Kwpn) 

2022 – Mot d’Elle Pachavert (Hardrock Z) et Mars Elynn Pachavert (Conquistador, Bwp). L’une des deux restera pour l’élevage 

▪️ Hevy Danse Pachavert (Jaguar Mail x Eglefin, AA)

– 2022 – Money Deal Pachavert (Macho Man*GFE, Kwpn), femelle qui reste pour l’instant à l’élevage 

– 2023 – New Dol Art Pachavert (Harley VDL, Kwpn), mâle à vendre 

▪️ Oh d’Hammer (Illico de Batilly x Cordial, Han)

– Joh et Star Pachavert (Delstar Mail), vendu et évolue à quatre ans, sous selle amateur

– Kim K Oh Pachavert (Candy de Nantuel*GFE), femelle à vendre 

– Lynn Diana Pachavert (Conquistador, Bwp), reste à l’élevage

Crédit photo à la une: Ph. Coll. Les Garennes